[dernière mise à jour: mars 2026]
Questions de recherche
Dans le cadre de nos activités d’accompagnement de structures du monde de l’ESR, nous sommes de plus en plus souvent sollicité·es par et pour des réseaux nouvellement créés qui visent à remplir la “troisième mission” de l’ESR, à savoir celle qui consiste à contribuer à la société autrement que par l’enseignement et la recherche à strictement parler.
Il s’agit donc d’appréhender ce type de demande, de réfléchir au fonctionnement de ces réseaux, afin de les accompagner au mieux.
Nous observons que ce sont des lieux d’interactions entre personnes de statuts, disciplines, métiers différents, et que les conditions de possibilité de collaboration dépendent fortement de (et révèlent) la manière d’aborder les identités professionnelles de ces différents profils.
Afin de mieux saisir le fonctionnement des dynamiques de coopération nous identifions plusieurs terrains de recherche, pour lesquels nous définissons des approches de recherche-intervention. Notamment, nos questions de recherche portent sur les activités constituant la coopération dans chaque cas, sur les raisons et motivations des membres à participer au réseau, et sur les obstacles à la coopération.
Bref état de l’art
Le contexte français de l’enseignement supérieur est en proie à un paradoxe notable. Les universités font face à un sous-financement, comparativement à la moyenne des pays de l’OCDE, et à une augmentation de la diversité et de la complexité de leurs missions:
- Les approches du new public management (Bollecker, 2021) se sont imprégnées dans les formes de gouvernance et d’organisation du travail, induisant de nouvelles formes de régulation qui se traduisent dans des nouveaux types de conventions (Normand et Villani, 2019).
- Les démarches d’assurance qualité impactent le travail des personnels et les modes d’organisation du travail au sein des établissements d’ESR (Normand et Villani, 2019).
- L’enracinement territorial à différentes échelles des universités est incité par les reconfigurations de l’action publique (Aust, 2010).
Les politiques publiques poussent par ailleurs à la recherche en réseaux (les préconisations européennes p.ex.), mais d’une prescription à collaborer ne naît pas toujours une réalité. Alors que c’est le propre de la recherche de collaborer, ces dynamiques de coopération, surtout dans le type de réseaux qui nous intéresse, est un sujet peu documenté dans la littérature scientifique. En revanche, des travaux sont en train de se développer autour de la notion de collégialité et comment elle est saisie et évolue dans des contextes de l’ESR sous l’emprise de transformations dites managériales, ou vers une centralisation plus forte. L’article de Stéphanie Mignot-Gérard et al. sur les différentes facettes de la collégialité (Mignot-Gérard et al., 2022) par exemple fournit des catégories à l’aune desquelles nous pouvons tenter de mieux comprendre les fonctionnements collégiaux de ces réseaux.
Ces évolutions impactent la fabrique de l’identité professionnelle au sein de cet environnement et les rapports à la profession des personnels de l’ESR. L’attache symbolique à des valeurs telles que la collégialité (Chatelain-Ponroy et al., 2016), l’intégrité scientifique (De Herde et al., 2021), ou la recherche responsable (Compagnucci, 2020), questionnent et donnent lieu à des expérimentations de nouvelles modalités d’interaction, de positionnement et de collaboration mais aussi à des phénomènes potentiels de repli sur soi et de fermeture.
Notre projet de R&D souhaite interroger ces phénomènes de manière empirique. Cette démarche permettra également de recueillir des données pour analyser dans quelle mesure ces dispositions s’ancrent dans les pratiques et interactions des chercheur·es, au-delà des modes de gouvernance affichés par les établissements.
Références bibliographiques
Aust, J. (2010). Quand l’université s’ancre au territoire. Collaborations académiques et territoriales à Lyon (1958-2009). Le Mouvement Social, 233(4), 107–125. https://doi.org/10.3917/lms.233.0107
Bollecker, M. (2021). La réforme de l’université en France et son impact sur le management des établissements: Une transformation en accordéon. Revue française d’administration publique, 179(3), 715–733. https://doi.org/10.3917/rfap.179.0201
Chatelain-Ponroy, Stéphanie, Mignot-Gérard, Stéphanie, Musselin, Christine et Sponem, Samuel (2016). Do Performance Metrics Erode Collegiality? Empirical Evidence from French Universities [communication orale]. 10th Conference on New Directions in Management Accounting.
Compagnucci, L. et Spigarelli, F. (2020). The Third Mission of the university: A systematic literature review on potentials and constraints. Technological Forecasting & Social Change, 161.
De Herde, V., Björnmalm, M. et Susi, T. (2021). Game over: empower early career researchers to improve research quality. Insights, 34(15), 1–6.
Mignot-Gérard, Stéphanie, Sponem, Samuel, Chatelain-Ponroy, Stéphanie et al. (mai 2022). Kaleidoscopic collegiality and the use of performance research metrics. The case of French universities. Higher Education. [En ligne : https://doi.org/10.1007/s10734-022-00871-3].
Normand, R., & Villani, M. (2019). Les nouvelles conventions du travail académique ou les reconfigurations du professionnalisme universitaire. Revue française d’administration publique, 169(1), 137–149. https://doi.org/10.3917/rfap.169.0137
Terrains d’enquête
Les travaux dans le cadre de cette enquête ont commencé au printemps 2022. Après avoir défini nos questions de recherche, nous avions opté pour une posture de recherche-intervention (Beaupré et al., 2017; Marcel, 2016) et fait des choix méthodologiques nous amenant à combiner plusieurs modalités de collecte de données (entretiens individuels exploratoires et semi-directifs (Brinkmann, 2013; Sauvayre, 2021), observation participante (Lapassade, 2016), entretiens collectifs et restitutions, collecte et analyse de documentation).
Références méthodologiques
Beaupré, P., Laroui, R., Hebert, MH. (2017). Le chercheur face aux défis méthodologiques de la recherche, freins et leviers. Presses universitaires de l’Université du Québec
Brinkmann, S. (2013). Qualitative Interviewing. Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:osobl/9780199861392.001.0001
Lapassade, G. (2016). Observation participante. Vocabulaire de psychosociologie. Érès, p. 392-407. https://doi.org/10.3917/eres.barus.2016.01.0392
Marcel, J-F. (2016) La recherche-intervention : Question(s) de forme(s). La recherche-intervention par les sciences de l’éducation. Educagri éditions, p.223-230. https://doi.org/10.3917/edagri.marce.2016.01.0223
Sauvayre, R. (2021). Initiation à l’entretien en sciences sociales: Méthodes, applications pratiques et QCM. Armand Colin. https://www.cairn.info/initiation-a-l-entretien-en-sciences-sociales–9782200630836.htm
Nous avons identifié des terrains de plusieurs types différents:
Pour étudier un réseau de partage de pratiques sur des enjeux transverses, nous avions effectué une analyse de nos activités de formation à l’encadrement doctoral, communiquée lors du colloque du RUMEF. Ainsi, un lien évident se construit entre cet objet de recherche et celui sur l’encadrement doctoral.
Nous avons étudié en profondeur un réseau de recherche inter-établissement et d’expertise en lien avec un territoire, qui allie chercheur·es et acteur·es d’un secteur d’activité : ces travaux ont abouti à la publication d’un article dans la revue Phronesis début 2026.
Suite à ce premier terrain d’enquête et notre première publication, nous avons été amenées à préciser 2 questions de recherche phare pour DynCo:
1) Dans chaque collectif, quelles sont les stratégies des parties prenantes pour mener ou ne pas mener une négociation des savoirs ? (stratégies d’engagement et d’évitement)
Pour nos besoins opérationnels dans nos missions de conseil et d’accompagnement, les questions suivantes se posent en complément: Le recours à des traducteur·ices peut-il être une stratégie d’engagement ou d’évitement de la négociation des savoirs ? Y-a-t-il un avantage à avoir une approche neutre ou une approche « située »? Y a-t-il besoin de plusieurs types de traductions en fonction des situations (vers l’extérieur, en interne, etc.) ?
2) Peut-on caractériser les collectifs (et leur développement?) à l’aide des mécanismes que nous avons identifiés dans le modèle d’analyse des réseaux construit à partir de notre premier terrain ? (mécanismes identifiés: transaction identitaire; transaction sociale; gouvernance; travail institutionnel; traduction; apprentissage/ émancipation/ édification démocratique/ action publique)
Pour nos besoins opérationnels dans nos missions de conseil et d’accompagnement, l’objectif consiste à construire une grille d’analyse des collectifs, définissant lesquels de ces mécanismes sont mis en œuvre et comment. Cette grille d’analyse servira à la phase diagnostic et accompagnement de nos missions de conseil.
Afin de répondre à ces 2 questions de recherche et de répondre aux objectifs opérationnels afférents, nous devons tester le modèle construit à partir de notre premier terrain d’enquête à l’aide d’autres terrains, et le confronter aux travaux d’autres chercheur·es.
Nous avons démarré en 2026 une enquête sur un second terrain, afin d’observer la structuration d’une communauté de pratiques au sein d’un parcours de formation intra-établissement, mêlant des participant·es aux profils variés.
Valorisation des résultats de la recherche
Les travaux de recherche sur DynCo ont déjà permis de développer nos activités de conseil: nous avons construit un document de prospection présentant nos activités d’accompagnement de collectifs de travail dans l’ESR, que nous sommes en train d’affiner. En retour, l’analyse des besoins réalisée pour construire cette offre d’accompagnement alimente nos questions de recherche pour DynCo.
Par ailleurs, de nombreux appels d’offre ou demandes directes des établissements d’ESR soulèvent dernièrement des enjeux sur le développement de communautés de pratiques. Selon Lave et Wenger (1991), trois dimensions sont caractéristiques des communautés de pratiques : l’engagement mutuel, l’entreprise conjointe et le répertoire commun. La dynamique de ce type de communauté repose sur l’apprentissage dans chacune de ces dimensions et nécessite une confrontation des idées et le partage des connaissances entre les membres d’une communauté. Nous sommes par exemple sollicitées pour intervenir dans des parcours de formation des cadres universitaires et développons des formats d’intervention à la croisée entre activités de conseil et formation pour accompagner la structuration d’une communauté de pratiques. Ainsi, le développement de notre offre de formations et d’ateliers sur le management dans l’ESR (p.ex. « animer un réseau scientifique ou thématique« , “être manager et chercheur·e” ou “enjeux humains de la gestion de projet”) et le mentorat dans l’ESR se fait également grâce à nos recherches et notre veille pour DynCo.
Communications et publications associées
- Roux, Magali, Waltzing, Aline, Ebel-Jost, Emmanuelle (2026), La négociation des savoirs dans la structuration d’une communauté thématique de chercheurs : un enjeu de professionnalisation, Phronesis 15:4(129)
- Roux, Magali, Waltzing, Aline, Ebel-Jost, Emmanuelle (20 septembre 2023). Confrontation des positionnements et construction des identités : le cas d’un réseau pluridisciplinaire de chercheurs et de professionnels de l’entrepreneuriat [communication orale]. La Biennale internationale de l’éducation, de la formation et des pratiques professionnelles, Paris.
- Roux, Magali (25 mai 2023). Confrontation des formateurs à l’analyse de l’activité : le cas d’un dispositif de formation à destination des encadrants doctoraux [communication orale]. RUMEF, Tours. Les métiers de la formation à l’épreuve du travail. Perspectives internationales et interdisciplinaires – Sciencesconf.org